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Extrait d’un quotidien ordinaire…
J’avais à peine mis les pieds à la maison, que les enfants se précipitaient déjà sur moi avec une frénésie et une surenchère habituelles égalées seulement par leur fougue. C’était à savoir lequel des deux me parlerait en premier ! Ils sautillaient et piaffaient sur place. Me tiraient la manche. Le grand utilisant son corps pour faire écran et empêcher la cadette de s’approcher, mais celle-ci tournoyait autour de moi comme une abeille autour de la ruche aux cris de papa ! Papa ! Elle ne soulageait guère son frère. Empêtrait dans mes mouvements par l’insistance des deux jeunes je lâchais, « cool, cool les enfants ! » et eux de me répondre : « moi, moi, moi ! » tels des oisillons affamés ».
- Stop ! Un après l’autre je vous prie.
Et les enfants toujours avec la même énergie, « moi, moi ! », et l’autre « non, non c’est à moi ! »
Levant les mains, la paume visible dans leur direction en signe d’apaisement.
- Bon, honneur aux dames !
- Ah non ! quelle dame ? Interrogeait Alexandre
- Ouai ! Ouai ! c’est bien papa ! Lance Chloé totalement enjoué de prendre de l’avance sur son despote de frère aîné.
- C’est pas juste, je proteste, je ne vois pas pourquoi elle passerait avant moi !
- Le papa sur un ton quelque peu provocateur… Pour toutes les raisons que tu ne sais pas encore ! Bon, disons la parole est au plus jeune.
- Alexandre, le visage soudain dépité, la nuque en avant, les épaules pendantes lui donnant un air abattue à la Gaston Lagaffe… N’empêche ! C’est pas juste !
- Voyons, l’injustice n’est pas de parler après ! Mais de ne pas parler du tout !!
- Le papa se penchant vers Chloé et ne regardant plus qu’elle, sur un ton chaleureux. Je t’écoute ma fille.
- Papa, dans trois semaines, c’est le cross de l’école, je n’y suis pas préparé !
- Ah ! Tu ne t’entraînes pas ?
- Non !
- Mais alors ?
- C’est la faute de la maîtresse !
- Elle n’aurait pas bon dos la maîtresse ?
- Elle nous entraîne qu’une fois par semaine ! C’est pas assez, je ne pourrai pas gagner à cette allure !
- Sûr, à l’allure là, comme tu dis, tu n’iras pas loin !
- Alors il faut que je sorte !
- Tu sortes ? Quand ?
- Tout de suite.
- Attends, il pleut là !
- Et alors ?
- Alors ? Il pleut, le jardin est trempé, si tu coures, ça va être la gadoue !
- Alors dans la rue !
- Chloé soit sérieuse, il pleut averse. Le temps de souffler, ensuite de faire quelques devoirs et ce sera le temps du repas. Tu connais la suite !
- Oui, c’est la douche et au lit !
- Tu pourras quand même lire un peu entre-temps.
- Ouais, mais si je gagn’ pas, ce s’ra d’ ta faute ! Lançait-elle sur un ton de reproche. Laissant son papa sur place.
- Ben voyons. Tu auras mon soutien moral ! C’est déjà un début. Je note en tout cas un désir fort de ta part à participer à cette course !
- C’est ça ! Fonça vexée, droit dans sa chambre.
- C’est pas de participer qui l’intéresse, c’est de gagner ! C’est là toute la nuance.
- Je l’avais presque oublié celui-là ! Se tournant vers Alexandre. Ouah ! c’est chaud ce soir. Vous avez manger de la ’rutabaga rre’ à midi ?
- Comme d’hab !
- C'est-à-dire ?
- Que le dessert !
- Ce n’est pas si mal, tu progresses ! Au prix du repas de la cantine scolaire, ça fait cher le dessert, mais je tiens compte qu’hier, tu n’avais rien mangé du tout ! Sur un ton faussement compatissant : Il n’y avait rien à ton goût, Monsieur !
- Papa, c’est à propos de la course, dans 21 jours !
- Tu aurais peut-être, toi aussi besoin d’entraînement ? Parce que dans ton cas, avec juste un dessert dans le buffet, je doute un peu de tes performances physiques et sportives.
- Papa, je ne veux pas y participer. Je t’en prie, fait quelque chose ! Le ton suppliant.
- Attends, je vais commencer par m’asseoir. Tirant une chaise et appréciant enfin le temps de se poser un peu avant « l’assaut argumentaire ». Prenant sa respiration, il invite Alexandre à la confidence. Je suis tout ouïe dehors !
- Ben voilà. J’ai expliqué à mes copains de classe que je ne pouvais pas courir !
- Ah bon ? Tu es diminué peut-être ?
- Oui ! (Répondit-il de manière on ne peut plus naturel), c’est que, (il marque un temps avant de continuer) pour une personne de ma, comment dire, de mon espèce,
- Espèce ? Espèce de quoi. Le papa troublé.
- Ou catégorie si tu préfères. La compétition physique n’est pas faite pour moi !
- Le papa tout en hochant la tête. A quoi te réfères-tu pour en déduire cela ?
- Ma condition !
- Ta quoi ?
- Papa, catalogué par tous mes camarades de classe, mes copains, les voisins, mes cousins, ma famille, mes parents comme paresseux , j’oubliais, ma sœur aussi me le dit !
-Et alors, où veux-tu en venir ?
- Etant classé dans la famille des paresseux, « fainiantus paressus » j’estime que la compétition physique n’est pas adaptée pour moi !
- Je rêve ! Lance le papa, qui se reprend immédiatement. Alexandre, tu te dévalorises. Tu peux quand même faire un effort ! L’essentiel c’est de participer !
- Ouais, le Baron de COUBERTIN le disait déjà. C’est curieux, la maîtresse me faisait la même remarque cet après-midi.
- Quoi ? (le père commençait à perdre patience) Tu as prévenu ta prof !?
- Naturellement, elle nous demandait où en était notre motivation.
- La tienne, pas très loin et j’imagine pas très haut non plus ! (Incroyable, il se revendique haut et fort et fièrement, être un paresseux. Si je voulais en faire un Guy DRUT, c’est maintenant râpé). A défaut de descendre du singe, si Monsieur se donnait la peine de descendre de son arbre pour revenir à la réalité !
- Papa tu m’as déjà dit ça !
- Quoi, moi ! Je t’ai déjà dit ça ? Quand ?
- L’année dernière ! A la même période d’ailleurs. J’ai comme tu l’as demandé, participé à la course.
- Rappel moi ton classement déjà !
- J’ai participé !
- Bon dernier ?
- Même pas !
- J’me disais que ta réponse ne serait pas simple ! Ce même pas, ça veut dire, pas du tout !
- Non, ça veut dire pas 5 minutes, à peu près 300 mètres !
- Ils avaient déplacé l’arrivée ou raccourci quelque chose ?
- Victime des caïds de Vigy, ils m’ont fait un croche-pied à la sortie du premier virage.
- Ca me revient maintenant que tu m’en parles. C’était cet épisode-là ! Trois jours pour t’en remettre !
- Oui ! J’ai gardé un très mauvais souvenir. D’autant plus que Chloé a fini bonne première de sa catégorie.
- Tout n’était pas négatif ce jour-là.
- C’est comme je dis papa, il y a les « idiotus sans cervellus » qui sont excellent pour la course, et les autres.
- Ah non ! Tu ne dis pas ça à propos de ta sœur !
- Mais ça ne vient pas de moi, mais de Pierre.
- Quoi ? Encore lui !
- C’est après-midi, peut de temps après avoir exposé tout un chacun nos motivations, me confiait cette phrase : « Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche ». Et il était content Pierre, au début quand il me le disait.
- Les bras m’en tombent ! C’est quoi cette phrase ? Un con assis ? Et d’ailleurs c’est quoi ce vocabulaire ? Tu m’avais habitué à mieux.
- Non pour Pierre, Oui pour l’habitude, attends la suite, donc pour se rendre intéressant, il me l’a répété pour que je prenne bien l’allusion à mon compte.
- Ouais, quelle métaphore ? J’ose à peine imaginer ta réponse !
- Je lui répondis, si ton con qui marche ne sait pas pourquoi il marche, il n’est pas plus avancé que ton intellectuel assis ! et paf, un partout et retour à la case départ.
- Quant à moi (le père), je ne sais plus si je dois me lever tout en gardant la chaise à mon séant ou si je dois avancer en ignorant la chaise, en tout cas, un délai de réflexion s’impose avant de répondre à un esprit aussi ! et garda pour lui les mots « éclairé et averti que le vôtre ». Le papa ne finit pas sa phrase, un sentiment paradoxal le tiraillait, comment concilier l’inconciliable. Il ne pouvait quand même pas féliciter son gamin de 10 ans de faire de l’esprit avec un penchant subversif, mais de l’autre, c’était si bien dit que c’était déjà à moitié pardonné.


(Juin
2007)
Paul TOMBALE
(site http://www.aliusvox.com)
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