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La résistance c’est déjà la décroissance !

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Fleurs ayants l'aspect de personnes qui se dressent et résistent aux événements qui les assaillent ! Flore le visage grave, vient m’annoncer que la chasse d’eau des toilettes ne fonctionne plus. Ce n’était pas le moment avec toute la ribambelle de gamins qui occupent les lieux ! Puis, immédiatement, mon fort intérieur plus raisonnable que mon fort extérieur me répond : y a-t-il vraiment un moment propice pour les imprévus ?

Sans perdre un instant, je me rends au chevet du toilette malade. J’ouvre le couvercle du réservoir, je repère les fixations du mécanisme, je défais les clips puis j’enlève le corps central que je dégage hors du bac. Au premier abord, tout me semble compliqué, puis à y regarder de plus près, j’en déduis déjà le fonctionnement... Le nom de la marque est gravé sur un des montants. Tant mieux, je pourrais regarder sur Internet si un fournisseur éventuel se trouve dans les parages. Je continue la manipulation afin de comprendre pourquoi l’eau ne s’évacue plus. Quand j’actionne les boutons dans le vide, tout semble correct aussi bien pour la demi-charge que pour la charge totale. Quand je remets en place l’ensemble, le dysfonctionnement persiste. Je redémonte, j’étudie de manière approfondie le jeu des pièces. Tout le mécanisme est construit avec grand soin. Toutes les pièces sont moulées correctement et de bonnes factures. L’assembleur n’a pas lésiné sur le concept et sur le choix des matériaux. Même après tant d’année, le plastique n’a pas jauni, n’a pas vieilli et aucune usure apparente n’est décelable. Ce mécanisme pourrait durer 20 ans. Puis comme le nez au milieu de la figure, la tige centrale qui soulève le bouchon de fermeture muni d’un gros joint en caoutchouc est quant à elle simplement encapsulée de force dans le prolongement de l’autre pièce qui lui transmet le mouvement vertical d’ouverture et de fermeture. Comment ? Me disais-je immédiatement. J’ai devant moi une petite merveille de concentré de savoir-faire. Une vraie horloge. Dans un espace aussi réduit j’ai un mécanisme qui est conçu pour durer des années et là, il (le concepteur) emboîte tout simplement la tige mâle dans la partie femelle de l'autre tige. C'est immanquable, au fil du temps, toujours immergé dans l'eau, subissant les variations de température, froide en hiver et douce en été travaillant la matière sans relâche, l'emboîtement finirait par prendre du jeu. Comment ils (le bureau d'études et de conception) ont pu passer à côté d'une astuce aussi simple à mettre en oeuvre, un petit trou et une clavette qui serait venue en blocage en solidarisant les deux pièces en prolongeant ainsi leur fonctionnement.

Incroyable, j’ai la Rolls des mécanismes de toilettes pourtant ils se sont quand même arrangés de faire en sorte que la pièce soit usée dans un délai raisonnable. C’est à peine fait exprès. Je soupçonne leur bureau d’études d’avoir sciemment rendu cette pièce plus fragile.

Là je mets le doigt sur un tabou de notre société. Quel est le délai raisonnable d’usure avant remplacement ? Toutes les déclinaisons existent sauf une, celle qui arrangerait le consommateur et qui arrangerait aussi notre bonne vieille Terre qui croule sous les déchets.

Argument n°1 qui arrange tous nos gros industriels et concepteurs.

Argument n°2 : Pour une utilisation normale et non intensive.

Argument n°3 : Nous ne sommes pas infaillibles et nous ne pouvons pas prévoir l’imprévisible.

Argument n°4 : La société de consommation ne peut pas fonctionner si les produits ne s’usent pas, ne se cassent pas.

Argument n°5 : Quand bien même les produits dureraient longtemps, les personnes s’en lasseraient.

Argument n°6 : Un produit qui dure toute la vie revient trop cher !

Argument n°7 : C’est le produit qu’il vous faut. Si vous en avez besoin c’est celui-là.

Argument n°8 : Il faut créer le rêve.

Furieux par l'obligation de mettre la main au porte-monnaie.

Ce n'est pas le moment, j'ai d'autre priorité

J'ai le ressentiment que cette panne m'est imposée. Bien sûr, la pièce est usée, mais elle est le résultat d'une stratégie commerciale qui ne vise que l'argent du consommateur.

La publicité vantait la longévité du mécanisme faisant le renom de la marque.

Si je change le mécanisme la déchetterie va recevoir un kilo de plastique à recycler dont la nature se passerait bien.

Mais je suis décidé à résister dans le maquis moderne d'une société ne me traitant pas en citoyen mais comme une vache à lait, où l'ennemi n'est pas désigné par une race, un Etat, une nation, un peuple, une religion, une idéologie politique… Ce sont nos habitudes que chaque être compose. L’individualisme poussé à l’extrême, transforme les individus en ‘adversaire mutuel’ dressés les uns contre les autres dans une organisation stratifiée.

Ces strates ne sont pas simplement empilées à la verticale à deux ou trois dimensions. Elles sont imbriquées en mouvement. Imaginez un sac de bille, lui-même contenu dans un sac beaucoup plus grand (de billes) et ainsi de suite, si bien qu'il est impossible pour un électron libre (du sac), d'atteindre, de voir et même d'imaginer autre chose qu'une autre bille.

Les hommes fragmentés La pensée unique a ceci de redoutable, qu’elle englobe toute idéologie même naissante, récupérant la moindre initiative. Si la tendance va à l’encontre de la doxa capitalo-économique, elle transforme et abaisse cette inertie au niveau le plus simple la ramenant au niveau de l’individu dissocié de ses semblables en vidant de sa substance tout le contenu. Subsiste-t-il des points communs entre les Hommes fragmentés ? Oui, celle d’avoir à faire à des êtres ‘tellement unique’, qu’aucune réponse ne peut-être apportée de manière globale et satisfaisante, menaçant de schizophrénie quiconque sortirait du carcan des marchands du temple libéral, du phantasme, de l’être suprême qui peut et veut avoir tout, tout de suite (mais pas sans argent).

La lutte à mener est d'abord contre soi-même. Pour gagner, je dois vaincre la partie qui est sous l'emprise de l'idéologie qui m'a fait vivre. Mais aujourd'hui, c'est un grand jour. C'est la Bérézina de cette époque, point de non-retour, le début de la fin. Ce système, désormais vit de moi et son point faible commence là. Là où commence celui de la décroissance, que nous avons enfanté !

Je vais prendre sur moi et mon temps précieux. Je réparerai cette pièce volontairement fragile.

Août 2005
Fraction Entité Populos
(site Alius Vox http://www.aliusvox.com)

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