Ouverture plein écran

L’offre du porte-à-porte.
Duper subtilement...

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« Offre tout compris, comprenant abonnement, forfaits, appel illimité… » Lui coupant la parole, je lui répondis, « Autrement dit, j'ai tout compris, que tu téléphones, que tu ne téléphones pas, tu paies quand même… ! »

Fredo, se retrouve seul à la maison.

Moment attendu depuis des semaines, c’est la première fois, que j’ai du temps à me consacrer. Quelle joie  de reconquérir cette liberté d’action qui faisait mon autonomie d’antan. J’ai de nouveau vingt ans et l’insouciance égoïste de n’avoir que son petit être à s’occuper, à gâter, à plaindre aussi. Ce n’est pas que les enfants soient turbulents mais à force d’être constamment dans le même environnement, nous finissons par être fusionnel. Du coup, j’en profite de me nourrir d’un vide, finissant par résonner, d’un manque de bruit inquiétant, de l’angoisse absolue, celle de n’être livré qu’a soit même, renvoyant violemment son propre ego à une réalité concrète des jours passants organisés dans le seul souci du comblement d’un vide, venant masquer celui qui nous attend tous, tôt ou tard dans le repos du salut éternel.

Je respire plus profondément comme si l’air m’avait manqué et ce n’est pas tout, mes repères chamboulés, j’ai l’impression de m’être égaré dans une maison qui n’est pas la mienne et une torpeur s’abat, sur le nid douillet, recouvrant d’un immense linceul de silence ce qui fût ma demeure bruyante et agitée, d’une énergie sans cesse renouvelée, dans le brouhaha imperturbable de deux enfants avides de mouvement, dont le but inavoué est de satisfaire leurs sens en éveil par un envahissement grandissant et constant, d’un espace à conquérir et à remplir par ce trop plein de vie débordant de leur âge.

Pour compenser, je me laisse aller littéralement d’inanition en succombant à l’appel du fauteuil. Pour rien au monde, je n’échangerai cette attitude amorphe, même pour celles reconnues comme dynamiques par nos meilleurs managers où la paraisse et le farniente sont carrément proscrits et vécus comme rédhibitoire pour le corps et la pensée… Culpabilisant de trouver du plaisir là ou les autres ne l’auraient pas recherché et même refusé, je me répète en boucle les slogans en vogue comme pour excuser une attitude honteuse.

·          « Soyez dynamique, faite du vélo ».

·          « Bougez-vous, soyez actif et l’actif de votre santé, faite de la marche à pied ».

·          « Bien dans sa tête et bien dans sa peau ça rend beau ».

·          « Soyez plus mobile qu’immobile ».

·          « N’hésitez pas, remettez-vous en cause, pour la bonne cause ».

·          « Eviter de croupir, soyez performant, amusez-vous ».

·          « Soyez le premier et le second de personne ».

·          « Restez zen ».

·          « Souriez, on vous regarde, montrez le meilleur, vous recevrez le meilleur ».

·          « Prenez-vous en main ».

·          « Faite preuve d’initiative ».

Il fait bon vivre dans le monde rural, relativement épargné de l'agressivité du monde de la consommation. Hélas,  qui échappe de moins en moins à  la sagacité des investisseurs de tous genres.

Epuisé par ce challenge perpétuel, je me laisse gagner par un profond sommeil… réparateur.

Dring !

Dring !

J’ouvre un œil, puis l’autre. J’émerge avec quelques difficultés de cet intermède. Instinctivement, mon regard se pose sur l’horloge du salon. Quel heure est-il donc ? Ai-je dormi longtemps ? Une heure ! J’en avais besoin. Malgré tout j’ai le sentiment d’avoir perdu mon temps. Pour une fois que je peux disposer de moi-même et de ce temps précieux, je commence par dormir…

Dring, dring !

Ça va, ça va ! V’la qui s’excite. Mais qui peut sonner ? qu’est-ce qu’on m’veut à la fin ! Sur ce, je me dirige d’un pas décidé vers la porte, me demandant s’il faut adopter une attitude positive et accueillante ou si je dois recevoir froidement cette personne qui se pointe à l’heure du repas à 11h45 alors que je commençais seulement à savourer ma 1ère heure de tranquillité.

Avant de poser la main sur la poignée de la clenche, j’ai un moment d’arrêt sur image. Que vais-je découvrir là derrière ? Je retiens mon souffle, l’instant est solennel, intense car j’ai rendez-vous avec l’imprévu et comme à chaque fois, une sensation déroutante, celle de l’inconnue me paralyse et m’excite en même temps. Deux sensations opposées s’affrontent dans un même laps de temps mêlé d’une cohabitation étrange où l’habitude d’ouvrir pour ne point laisser en souffrance prend le dessus sur toute autre considération même d’ordre sécuritaire pouvant par exemple m’exposer à des soucis dommageables, d’avoir à faire à un individu non attendu. Puis le rappel à la raison. J’ai parfois l’imagination débordante et la tendance à me raconter des histoires.

L'autre, cet individu, c'est autre moi, mon semblable, qui déboule sans s'annoncer, tendant les mains de générosité offrant à ceux qui lui ouvrent la porte, l'offre de consommation de bienvenue, pour le salut et la bonne dépense du consommateur éternel.Enfin, l’entrebâillement de la porte laisse découvrir un jeune homme charmant, enfin je le suppose, car il ressemble et c’est troublant, à un acteur fétiche auprès de la gente féminine, je veux parler de Brad PATTE. Celui-ci me décroche un sourire avenant qui en dit long sur son habitude à surprendre les personnes sur leur lieu de vie. Quant à moi, je devine déjà ma moue à travers son changement de rictus et aux plissements des rides de son front annonçant pour lui une négociation moins facile qu’attendue, sans parler de ma mine non réjouie emprunte des marques du fauteuil laissées sur ma joue.

Le commercial,

Bonjour Monsieur !

Fredo, distinctement,

Monsieur  ! D’un ton sec, sans rien n'ajouter ; suivi d’un silence devenant pesant au fur et mesure des secondes s’égrainant, très courtes révélant et dévisageant un jeune homme.

Le commercial, se raclant légèrement la gorge et prenant une bouffée au passage.

Voilà, je fais le tour du village, j’ai été reçu dans chaque maison. C’est à propos des téléphones. Vous avez le téléphone Monsieur ?

Fredo, dubitatif, et alors, quand bien même le maire l’aurait invité à déjeuner.

Oui ! J’ai le téléphone et alors ? 

Le commercial,

Je vous propose de gagner de l’argent !

Fredo, lâchant un sifflement et un hochement de la tête accompagné d’un pincement des lèvres. Il va vite en besogne celui-là, à ce train-là, je n’aurais pas encore dit ma troisième réplique qu’il m’aura invité au resto, payé le loyer et réglé mes impôts.

Dans une grimace trompeusement avenante, Monsieur est philanthrope peut-être ? attendez, ou tout simplement, philanthrope ! Fredo jouant des intonations de l’interrogatif à l’exclamatif.

Le commercial,

Je peux entrer deux minutes et vous expliquez Monsieur ?

Fredo, de moins en moins disposé (le fut-il depuis le début),

Du tout Monsieur, vous pouvez m'exposer brièvement votre affaire sur le perron.

Le commercial,

C’est-à-dire que ce n'est pas évident de vous démontrer le principe à la porte.

Fredo, le sang commençant à bouillir.

Être dérangé à l’heure du repas, agressé par le monde de la consommation et des affaires et ce même dans un village rural reculé comme le mien. Le harcèlement par la relance, n’a plus de limite géographique, privative, d’horaire et de répit. La sollicitation est permanente. Je veux ton cash, il faut que tu craches disait la chanson…

Le commercial,

Monsieur, hé, ho !

Fredo, revenant de sa réflexion.

Heu ! Vous fatiguez pas, résumez !

Le commercial, de moins en moins à l'aise,

Ça ne vous dit pas de gagner de l'argent sur votre facture de téléphone ?

Fredo, marque une pause,

Si je lui dis que je suis prêt à sacrifier beaucoup d’argent pour peu que la société me lâche, change et devienne humaine en évitant que des types de son genre vienne m’enquiquiner, je doute qu’il comprenne ! Si je lui dis qu’il est tombé sur l’exception pour qui l’argent n’a pas le sens commun, je vais lui tendre une perche et me faire en boîte. J’aurais droit à sa critique et il me renfermera dans la logique actuelle de la société plus rien ne peut-être perçu et vécu autrement que financièrement. C’est le fonctionnement fondamental.

Pas forcément !

Le commercial, reprenant le sourire,

Monsieur, refuser de gagner de l’argent, c’est

Fredo, lui coupant la parole et loin de se laisser convaincre,

Vous me dites " Gagner ", j'ai déjà comme qui dirait un doute, par contre vous me diriez économiser, je commencerai peut-être à vous écouter, à moins que soyez prêt dans votre projet à me rétribuer pour les services souscrits ?

Le commercial, Sourire gagnant,

Attendez Monsieur, vous perdez de l'argent et cela ne vous fait rien ?!

Fredo,

C'est qu'en plus il me prendrait pour un go goal. A ce moment précis, Fredo se lâche, arrogant sur le protagoniste : Ecoutez jeune homme ! là le changement de ton et d'attitude surprennent le représentant. Vous venez chez moi alors que je ne vous y attends pas, à l'heure du repas, vous prenez de ce pas, le pas sur toute chose pressante. Soit, si en plus, je ne puis vous dire que je ne partage pas votre manière de penser sans passer pour un demeuré, alors là c'est le pas de trop.

Le commercial, déconfit fait un pas de recul. L'éloquence et le ton méprisable employé par Fredo la décontenancé. Aiguisant ses armes à son tour,

Pour vous reprendre, Monsieur, et vous paraphraser. Permettez-moi d’adopter de ce pas, votre pas et de m’y emboîter au mieux afin de ne pas vous offusquer car tel n’était pas mon désir !

Fredo,

Vous n’y êtes, pas, mon cher. C'est pas que je sois ou je ne sois pas ! mais c'est justement et écoutez bien, la manière générale de fonctionner à l'heure actuelle, c’est le pousse toujours plus à la consommation, comme un puit sans fond. Je n’ai pas besoin de téléphoner plus, de consommer du téléphone, j’ai simplement besoin que l’on baisse les tarifs.

Le commercial,

Justement c’est ce que je vous propose !

Fredo,

Attention, si vous me proposer de me faire gagner de l’argent par la souscription de forfaits d’heures à consommer, pour rendre la minute téléphonée moins onéreuses c’est que vous ne m’avez pas compris. Ce que vous me proposez là, c’est de la pure aliénation, car vous allez me rendre dépendant à épuiser mon forfait et dans le cas contraire, si je ne téléphone pas pour cause d’absence par exemple, je vous aurai payé quand même. Cela veut dire aussi, que pris dans votre spirale, je vais passer de plus en plus de temps au téléphone, comme si je n'avais que cela à faire, comme si c'était un plaisir incontournable, comme si c'était un besoin vital. Admettons, j’adopte cette manière de fonctionner, je le ferai aux dépens d'autres occupations peut-être plus utiles à la société et à moi-même.

Le commercial,

Vous n’êtes pas obligé de téléphoner, vous restez maître de votre consommation.

Fredo,

Ah oui, c’est la liberté de choix que vous me proposez ! Alors que j’ai déjà payé un forfait, je suis libre de ne pas téléphoner ?

Vous me rappelez cette histoire, il n’y a pas longtemps, un monsieur se plaignait d’atteinte à l'espace public et privé mettant en cause l’envahissement de la publicité. Le caractère obligatoire, pernicieux et envahissant indéniablement reconnu par tous, n'empêche pas un monsieur de le contredire en lui répondant, « Monsieur, vous avez le droit d’être contre, mais vous avez aussi le droit de tourner le bouton » Une réponse qui a satisfait tout le monde comme si c’était la solution. Ce monsieur venait comme les prestidigitateurs, d’exécuter un tour de passe-passe et de focaliser l’attention sur cet argument de sortie comme quoi la liberté de penser et d'agir étaient sauf. Ouf ! ce qui arrangeait tout le monde, alors que l’argumentaire de la victime était justement l’invasion de la publicité et de la difficulté de plus en plus grande à s’en soustraire quel que soit le lieu fréquenté… Le fait de changer de chaîne ne réglait pas son problème.  Les chaînes de radiophonie publique s'y mettant aussi, des spots publicitaires ont fait leur apparition. Le seul choix restant est un non-choix. L'alternative minimale, binaire. Quelle liberté en droit d’avoir en dernier recours la possibilité d’éteindre sa télévision. Pour ma part, la liberté ne se réduit pas au non-choix.

Le commercial,

Reconnaissez que cela reste un moyen malgré tout de faire baisser les tarifs et vous n’aurez plus à vous soucier de faire des calculs d’épicier, de fin de mois difficile pour régler votre facture…

Fredo,

Je doute fort que vous preniez en compte mes soucis et ce n’est pas votre offre qui va soulager le porte-monnaie des 10% de précaires, de chômeurs et de RMISTE... Mais suivons votre raisonnement un instant !

La proposition ou la réponse qui me sera donnée par les opérateurs restera invariablement la même. Prenez un forfait, de X heures et vous serez gagnant. Auquel je leur réponds « Gagnant de quoi ? »  détaillons un peu !

·          Pour vous, c’est plutôt une aubaine, je vous paie d'avance une consommation soi-disant moins chère à la minute !

·          En fait de moins cher, il faudra attendre la fin du mois pour faire la moyenne par rapport à ce que j'ai effectivement consommé. Si j'ai dépassé le seuil d'amortissement, j'ai gagné quelque peu, et vous aussi au passage mais je vais vous l’expliquer plus loin. Mais si je veux rentrer correctement dans mes sous, il faudra que je sois pendu au téléphone tout en faisant attention de ne pas dépasser le forfait, sinon aie, je payerai la minute de dépassement tellement plus chère, que vous me conseillerai après coup et si je râle, de souscrire le forfait au-dessus, et l’on arrête plus le cercle infernal. Si je n’ai pas assez téléphoné, c’est moi qui perds de l’argent. En fait de gagnant, il n’y a que vous ! Jamais le consommateur le sera tant que les entreprises à but lucratif voudront sucer jusqu’à la moelle les pauvres petits consommateurs.

Donc, votre business, consiste à me dire, si nous nous mettons d'accord, vous et moi, nous pourrions gagner de l'argent. Là vous entretenez un leurre, car moi, je ne gagnerai jamais d'argent au passage, tout au moins des économies, des miettes en tant que privé, m'aliénant à ma ligne téléphonique comme un animal à qui vous passeriez une laisse autour de son cou. Par contre, vous au passage, en renouvelant cette opération des milliers de fois, vous allez vous remplir les poches sur le dos des aliénés sans parler d'un autre effet pervers induit par cette politique qui est une course engagée pour consommer toujours plus. Si je veux diminuer ma charge en payant moins, à moi de m'arranger pour consommer toujours plus, mais si je consomme toujours plus, je dépense malgré vos réductions toujours un peu plus, certes, la moyenne à la minute diminue mais mon porte-monnaie aussi,  pendant que vous, vous gagnerez toujours plus… cela à ceci de nuisible, à force de généraliser ce modèle unique à tous les secteurs de la consommation, vous êtes en train de polluer le monde par un gaspillage de l’énergie et des matières, nuisibles à notre environnement et à l'homme lui-même.

Le commercial, portant un coup d’arrêt brutal à l’argumentaire de Fredo

Mais je vous propose mieux que ces forfaits au quota ! Vous n’aurez plus d’abonnement à payer, plus de compteurs horaires à consulter, tout sera compris et illimité dans la même souscription. Un seul paiement raisonnable et tout sera inclus. Vos appels nationaux seront compris dedans, autant de fois et pendant tout le temps désiré. Votre épouse pourra téléphoner quand elle le voudra à la

Fredo,

Vous me donnez là, Monsieur, l’occasion de vous porter l’estocade. Sûr, je pourrais parler à la Belle mère autant de fois que je le désirerais alors qu’elle habite à l’autre bout de l’hexagone. Mais vous me parler de l’arbre qui cache la forêt ! de la partie visible de l’iceberg ! Ce que vous ne dites pas aux citoyens, d’un côté nous avons perdu un service public qui remplissait sa mission pour un service privé qui devait en contre partie de la concurrence nous offrir les mêmes services sinon plus à un prix moindre. Dans les faits, nous n’avons jamais payé moins, mais ce que vous ne dites pas, c’est que tous les appels vers les professionnels développant des plates-formes de télé service, ne sont pas compris dans votre forfait ! Que constatons- nous ! les entreprises, progressivement basculent aux plates-formes téléphoniques et à terme, il n’y aura plus d’appels professionnels possibles autres qu’au prix exorbitant ! Vous avez réussi à séparer et à rendre la téléphonie à deux vitesses. Summum du paradoxe, les professionnels amassent de l’argent sur des informations et des conseils qu’elles doivent le plus souvent gratuitement à leurs clients, de l’autre, les entreprises se séparent des citoyens à bas potentiel marchand, qui ne peuvent s’offrir des services d’appels onéreux, exit les pauvres. Alors, avec les millions brassés par les opérateurs soutirés des appels spéciaux, ils peuvent largement amortir le coût de l’appel illimité à la Belle mère. Si les consommateurs que nous sommes s’imagineraient un tout petit peu ce que vous êtes en train de nous concocter pour l’avenir, ce n’est pas de la souscription qu’ils feraient, mais du désabonnement de masse.

Le commercial, désabusé rajoute,

Vous êtes bien le premier et je crois le seul à penser que le fait de téléphoner est polluant, que les pauvres sont exclus alors que justement mon forfait illimité permet le contraire en permettant aux familles éclatées de garder le contact.

Fredo,

Détrompez-vous jeune homme, votre remarque me témoigne que vous n'avez encore pas fait le tour de la question. Un système qui prône la consommation pour la consommation jusqu’à la gabegie est un système, qui va droit au mur, alors que la planète, a grand besoin de gestion économe et rigoureuse en ressources, sans surenchère et plus-value excessive, bien répartie dans la distribution afin d'en faire profiter tous les individus quelque soit leur lieu et leur origine sociale. Voyez-vous, quand j’étais gamin, il y avait déjà un service concurrençant votre forfait illimité ! Un système plus équitable, basé sur la répartition, moins spéculatif des petites bourses. À cette époque-là, dans les années 1975,  je pouvais à l’intérieur de la même circonscription, téléphoner au prix d’un seul appel de base de pour la durée illimité. Pour ce prix, je pouvais demander à n’importe quel professionnel la réservation d'un billet de transport, appeler assureur, les postes, les télécommunications, les renseignements, mon voisin, ma famille proche géographiquement et si pour des raisons diverses, le mois en cours je n’avais rien consommé, je payais simplement mon abonnement, et j’avais là, le sentiment d’avoir fait des économies. Tu paies en fonction de ce que tu consommes, et si tu ne consommais pas, tu ne paierais pas. Cette façon permet la maîtrise des coûts et les choses gardent une valeur et un sens. Car le but n'est pas de s'offrir un pack pré payé pour l'éventuel service qui serait consommé en cours du mois. Je ne me posais pas de question métaphysique sur le prix des appels privés ou professionnel et tout le monde y trouvait son compte. Le slogan d’aujourd’hui, celui que vous m’apportez comme une offre exceptionnelle n’est autre que la formule suivante déguisée que je traduirai par « Avec l’abonnement tout compris, les forfaits tout compris, l’appel illimité, que tu téléphones, que tu ne téléphone pas, tu paies quand même ! ». Vous aliénez l’individu. Le système actuel, soulage les très gros clients au détriment des petits qui non seulement ne s’y retrouvent plus mais compensent ce que les gros financiers ne paient plus.

Ah ! j'oubliais, il y a une dernière remarque et celle-là elle est d'ordre politique.

Voyez-vous, dans le contexte actuel, du toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin et toujours mieux, il y a l'effet de gavage, pendant que moi, consommateur, je crève de saturation par l'intoxication du tout commercial, par vos méthodes du toujours moins chère en passant par la course à la consommation… Je paie mon kilo de pain toujours plus cher. Ces méthodes restent possibles grâce aux sociétés à gros capitaux ayant une politique de requin à vouloir toujours ‘bouffer’ les autres, et en priorité les plus petits. Les riches que vous représentez deviennent toujours plus riches. Alors, à préférer, entre votre modèle où tout est censé être de moins en moins cher qui casse les emplois par la pratique du dumping, et d'autres modèles plus raisonnables en ayant comme objectif par exemple la qualité ou l'environnement, mon choix est vite fait. Je ne veux pas de votre objectif, véritable mascarade du tout moins cher, quitte à perdre un peu d'argent dans l'immédiat pour le retrouver ensuite, je préférerais miser sur la proximité d'un service qui n'utilise pas que le téléphone pour me dépanner et d’un prix réparti sur le plus grand nombre d'usagers et non sur une catégorie restreinte. Au final, je voudrais voir disparaître les grandes holdings, firmes, multinationales, consortiums et j'en passe et des meilleurs car pour conclure, pour un bon tissu économique, il est moins intéressant pour le citoyen de base d'avoir 30 entreprises à 1 000 employés que 1 000 entreprises à 30 employés. Car vous aurez compris que dans le 1er cas, vous aurez un pourcentage nettement supérieur de la population qui pourra prétendre à un bon niveau de vie ce qui veut dire que la richesse sera mieux répartie et de manière plus globale et homogène que dans le modèle du 2ème cas ou seulement 30 sont hyper riches, ne se fréquentant qu'entre eux,  isolés du reste de la nation et méprisant les 30 000 individus dont l'écart ira toujours en s'accentuant pour les raisons que j'ai développé précédemment.

N'oubliez pas, les gros tuent les petits. Nous n'avons rien à gagner d'accepter la fusion des grands groupes pour des plus grands groupes encore…

Voilà jeune homme, Alius Vox, une Autre Voie,  restez critique dans la résistance des oies humaines.

Le commercial, cette fois, complètement désabusé rajoute,

Monsieur, vous croyez avoir raison, vous croyez que votre modèle serait plus juste, vous ne m’avez même pas laissé le temps de m’exprimer.

Fredo, fièrement,

Juste, mais je vous rassure, votre discours, il est permanent sur toutes les chaînes de télévision, de radio, de journaux, présent à travers la publicité s’immisçant insidieusement et sournoisement dans la vie privée. Votre discours s’appelle « l’idéologie néolibérale ». Vous nous la passez tellement en boucle, qu’il est devenu incongru de penser et de parler autrement sans passer pour un extra-terrestre. Les puissants de ce monde ont une chance terrible pour eux, pour notre plus grand malheur. Société de rupture, vous vous construisez contre vos aînés que vous considérez comme dépassés en reinventant la poudre avec quelques artifices de plus qui ne sont que l’accessoire secondaire que vous nous faites passez pour l’essentiel. Vous n’avez pas connu l’avant, la période de la transition, des années 60 à 80, où le tournant a commencé. Il vous manque le recul et les points clés de comparaison, entre deux systèmes qui s’affrontent, dont celui que vous représentez a prix une longueur d’avance certaine. Il y a là, la marque d’une fabrique de l’oublie, pourquoi ? Parce que ceux de mon âge, qui ont une pensée globale et solidaire, n’ont pas la voie au chapitre, vous ne les entendrez jamais s’exprimer dans les médias censurés par un système qui les évite. Et aujourd’hui, vous m’avez trouvé arrogant d’oser critiquer un système qui nous fait vivre ce qui est pour vous, tout simplement impensable dans le modèle de la Pensée Unique.

Mais attention, toutes les dictatures ont commencé par nier la possibilité des autres modèles. À la différence cette fois, que la dictature politique n’est pas accompagnée d’un pouvoir militaire, mais un autre qui s’est substitué, moins brutale et moins direct en apparence mais tout aussi violent symboliquement, subtil et pervers, avec la même dose de cynisme, ce pouvoir s’appelle « l’économie de la mondialisation libérale » par les Marchand du Temple de la Doxa Libérale. Véritable Dictature des États Economiques Riches sur leurs propres citoyens et sur les États périphériques pauvres…

Mes salutations, jeune homme !

Le commercial, faisant tomber le masque.

Monsieur, je vous trouve arrogant avec un côté imbu. J’ai eu souvent l’occasion d’échanger des propos avec des personnes ne partageant pas mon opinion. Je n’étais pourtant pas victime d’un procès d’intention et elles avaient ceci d’avantageux sur vous, elles n’étaient pas non plus ‘donneur de leçon’. Monsieur, je n’ai pas eu plaisir à vous écouter.

Fredo, relevant le menton et prenant fière allure,

Mais je n’en attendais pas plus ! C’est tellement rare de passer un message différent, c’en est même une aubaine. Concernant mon côté imbu, le vôtre l’est certainement plus développé encore, vous m’avez dérangé, chez moi sans y être invité, par un porte-à-porte à l’heure du repas pour y vendre des arguments. Quant au donneur de leçon, il y en a une que votre idéologie à toujours mise en avant et que vous pratiquez en ce moment même, je veux parler du slogan suivant « Le temps c’est de l’argent » et là je vous fais fait perdre, vous n’êtes pas productif. Si je suis votre raisonnement, il va falloir que je vous facture à mon tour un entretien provoqué abusivement par vous, perroquet d’une société de marchand, sur le perron de la maison depuis presque un quart d’heure. Quant au plaisir de m’écouter, vous n’en aurez pas bien tant mon principe de fonctionnement ne s’appuie pas sur cette valeur que vous vous êtes approprié et galvaudé, dont le but essentiel est de faire vendre. Mais je m’arrêterai là, mes honoraires vont finir par grimper selon votre loi de la valeur du temps passé par rapport à l’offre et à la demande.

Ma porte reste ouverte.  Je reste disposé à écouter, partager mes convictions et mon temps avec mes contemporains, mais les perroquets, représentant l’ordre commercial, déboulant chez moi, dernier rempart de l’ordre libéral pour y vendre des chimères, eux, devront réviser leur discours...

Et la porte se referme.

L'histoire ne dit pas comment le jeune homme a digéré la rencontre avec Fredo ! Ni même s'il a eu l'impression d'être tombé sur un fou furieux anti-société de consommation mais lui, Fredo, en fermant la porte, était épuisé de culpabilité, d'avoir été arrogant et d'avoir pratiqué là, un procès d'intention à un jeune ramant sans doute en pleine galère. Il aurait préféré jouer le Don Quichotte auprès d'un rentier actionnaire, responsable de la captation de la richesse du travail des sans grade, ou le faire auprès d'un représentant politique exerçant ou ayant exercé. Ces personnes-là, portent à ses yeux la lourde responsabilité du maintient de la pression et de l'exploitation du petit peuple. Et que font nos médias ? Les fameuses Infos du 20 heures ! suivies par la majorité des citoyens. Où sont les vrais débats contradictoires ? Débats qui consacreraient la majeure partie du temps disponible aux sociologues, syndicalistes, économistes adeptes d'une pensée moins financière en évitant ceux de l'OMC ou de la Banque Mondiale qui ont droit au chapitre, depuis 25 ans, à longueur d'année.

...

Extrait : Intervention d'un invité à une émission de radio, à propos de l'agressivité de la publicité sur les consommateurs... durée 37s.

(Fin de la 1ère partie)

Novembre 2005
Fraction Entité Populos.
(site Alius Vox http://www.aliusvox.com)

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