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Quand le problème n'est pas la réponse ! | Fermeture plein écran (Alt+F4) |
L'ambiance est devenue houleuse au bar des Sans-Culottes quand le serveur a augmenté le volume du poste de radio à l'heure des infos de 17 heures puis comme par réflexe, dès l'annonce du Ministre de l'Intérieur, tout le brouhaha permanent a cessé. Les conversations mêlées des clients, l'air s'échappant sous pression de la machine à café, la vaisselle que l'on rince, d'un coup d'un seul, tout s'est dissipé et le monde a prêté l'oreille. C'est qu'il est question de Sieur NSA Sarko ! Rien que la prononciation du nom suffit à captiver l'attention.
La radio: "…suite à l'assassinat d'une femme par un multi récidiviste remis en liberté, le Ministre de l'Intérieur demande des comptes à la Justice et ne comprend pas comment une situation pareille puisse s'être produite…Le juge sera amené à s'expliquer sur cette affaire troublante…
Un client accoudé au comptoir lance "Que fait notre justice ?"
Un autre : "C'est trop facile ça ! Une femme est tuée par un multirécidiviste remis en liberté et moi il voulait me coffrer pour un excès de vitesse que j'ai contesté devant le juge parce que son représentant de l'ordre avait fait du zèle".
Un autre renchérie: "Pour les radars automatiques, les excès de vitesse, les feux tricolores, ils sont là ! Pour sanctionner le petit peuple allant trimer sa journée, ils sont là ! Pour la répression facile et les primes faciles aux PV, ils sont là. Mais quand il faut enquêter sur le vol de mon lecteur de CD, il n'y a plus personne".
Son collègue d'en face : "Moi c'est la bagnole que j'ai pas retrouvée !"
Je pensais à Marco. Il n'est pas encore là. Il passe à côté des récriminations des "honnêtes" citoyens se plaignant d'une police et d'une justice ne reflétant pas l'attente générale. Dommage, il pourrait prendre toute la mesure du peu de considérations du peuple pour sa police…
Un consommateur éméché : "Y-a pas de justice et en plus il nous flique partout, des radars, des caméras, des flashs aux feux tricolores, bientôt des mouchards contrôlés par satellite, la répression pour les gens honnêtes et rien pour les récidivistes, les violeurs d'enfants."
Je ne peux m'empêcher de lui répondre : "Mais qui vous parle des violeurs d'enfants ?".
Mais ma voix déjà couverte par la protestation s'élevant très nettement des consommateurs passe inaperçue.
Ne voulant pas me laisser dépasser par l'émotion gagnant la salle, je prends illico la parole. Je me lève et m'avance vers l'auditoire en effervescence. Je ne sais quelle mouche me pique, mais je ne peux laisser dire sans remettre dans le contexte et, dans un élan presque de bravoure, je lance à la foule :
"Que ce soit clair pour tout le monde, je suis pour le respect des lois de la République et quand il y a faute, la loi doit être appliquée. Ça c'est pour le grand principe. Mais dans la réalité ? Mais dans la réalité !
Il y a la réponse académique et celle de la raison. Je vais commencer par l'académique qui pourrait ressembler à ceci : (Cette fois je suis dans la mêlée).
Avant de jeter l'opprobre ou de réclamer plus de répression quelques conseils de citoyennetés :
Pour finir, je ne saurais vous conseiller, Messieurs, d'avoir une approche plus tempérée et modérée de vos propos concernant certaines catégories de nos concitoyens, car, même si votre indignation s'avérerait légitime, avant même de réclamer des sanctions plus sévères, il faudrait vous et nous demander si nous, n'avons pas à un niveau ou un autre une part de responsabilité et si nous avons tout fait et mis en œuvres pour éviter cela.
Je viens de débiter toutes ces phrases devant un parterre de clients médusés. Dans un silence total, tous les regards convergent vers moi. Instantanément, je suis devenue le principal centre d'intérêt des "Sans-Culottes" qui comme un révélateur laisse apparaître ma personne dans toute sa fragilité. Quelles craintes, déshabillé face à la horde comme un jeune prétendant à la place du meneur. Ce n'est pas le moment de douter, au contraire, la difficulté à négocier une sortie honorable à mon histoire devient impérative. L'orateur de circonstance que je suis dans un milieu aussi bouillonnant n'est pas forcément le bon plan, ni pour m'attirer la sympathie, ni pour la morale que je suis en train de leur jouer !
Un instant, je balaye leur regard insistant, me pénétrant de leur lame, attendant le moment opportun pour porter l'estocade. Il ne faut pas flancher sinon je suis fichu ! Je reprends ma respiration, et je repars en croisade.
Messieurs, le problème pourrait être insoluble voilà pourquoi la réponse doit être collective et coordonnée.
Je m'arrête un bref instant. Je lis à leur air perdu, l'incompréhension totale de mes propos. Le piège risque de se refermer sur moi maintenant si la chute de mon histoire n'est pas convaincante.
Pour la version non académique, celle que j'appellerai raisonnable, celle qui est tout simplement humaine de par sa portée et aussi par sa compréhension. J'ai une métaphore, je veux dire une histoire pour venir en appuie à mes propos.
J'ai (le) souvenir
d'un Patron s'adressant à ses délégués et porte-parole syndiqués lors d'une réunion
: Les parties en présence ne tombaient pas d'accord. Se renvoyant la balle en
permanence, ils s'étonnaient même des grandes contradictions et clivages qu'ils
en résultaient.
Le Patron : "Vous ramenez tout à une question de lutte, de pouvoir et d'influence en passant par des compromis de circonstance. Pour éviter tout conflit et confusion des genres, garder à l'esprit qu'il y a des différences inéluctables qui transcendent les structures. Ces choses-là sont des fatalités, il ne sert à rien de gaspiller votre énergie en vain.
la société est comme la roue de votre auto, elle est pilotée par un organe qui lui dicte la direction mais qui ne maîtrise pas les interactions entre les différents acteurs, forces et éléments en jeu.
Quand la roue de votre auto est crevée sur son parcours par un objet contondant comme un clou par exemple, on pourrait se poser la question de la responsabilité de cet acte : Le clou, le pneu ou le conducteur qui est passé à cet endroit-là.
<<Le Patron prend encore la peine de donner quelques explications subsidiaires comme le font nos excellents médias afin d'éclairer la lanterne des délégués ne comprennent pas totalement où veut en venir le responsable>>.
Le seul qui est conscient là-dedans c'est le conducteur, mais bien que conscient il n'a pas vue arriver ce clou !.
Le pneu, ma foi, lui fait ce qu'on lui demande. Et le clou, C'est le plus inconscient des trois mais pas plus coupable pour autant, il était là depuis tellement longtemps. Est-ce ça faute si à la énième auto, a fini au passage par une crevaison en lui passant dessus !
Et pourtant, si après un tel incident, j'organisais une consultation il en ressortirait à peu près ceci.
Un des ouvriers, partisan de la droite populaire, très attaché au respect des valeurs républicaine, demande la condamnation et le vote d'une loi pour sanctionner et interdire les clous sur la chaussée afin de garantir le bon acheminement.
L'ouvrier partisan de gauche, très attaché au respect des valeurs sociales, demande le vote d'une loi programmant une roue de secours obligatoire afin de pouvoir se prémunir de situation imprévue.
L'ouvrier partisan d'une droite néolibérale demande une loi de souscription obligatoire d'assurance prévoyant le remorquage, la réparation, le montage et le démontage de la roue.
L'ouvrier partisan de l'extrême gauche, demande à son tour le vote d'une loi : Si le pneu crève avant la limite normale d'usure du pneu, c'est qu'il est défectueux, dans ce cas, les frais de remboursement et de changement + remorquage sont aux frais du fournisseur et du constructeur défaillant.
C'est presque automatiquement que les habitués du Sans-Culottes reprennent leur occupation initiale mais sur beaucoup de visage une gêne se lit encore ne sachant s'il faut rire ou s'offusquer d'une telle leçon. Leçon qui n'empêche pas une personne placée non loin de Fredo de répondre à la volée sur un ton réprobateur, "Je n'ai toujours rien compris, moi à son histoire"
Un autre directement à Fredo: "Qu'est-ce qu'il voulait dire par là, ton patron par << ne pas gaspiller votre énergie ?>> Il faut bien rechercher des accords ? parfois une décision ne peut-être qu'arbitraire !"
Fredo : Il voulait dire que la réponse n'est pas toujours à chercher à l'intérieure d'une catégorie sociale ou professionnelle à opposer à une autre catégorie, la problématique ne se pose pas, et pas forcément d'un point de vu de la lutte des classes mais tout simplement comme un problème humain à résoudre. L'humain n'étant pas parfait, la réponse ne l'est pas plus. Une approche dépolitisée du "moins pire" serait souvent plus souhaitable. Pour revenir à nos récidivistes, peu importe la couleur et les enjeux politiques ! Quoi que fassent nos institutions, il y aura toujours des récidivistes, (ça fait partie des faiblesses inexcusables de l'homme). Maintenant, tous ensemble, nous pouvons définir une approche globale et acceptable pour toutes les parties dans ces affaires douloureuses en se donnant les moyens d'y parvenir au-delà des différences politiques, sociales, religieuses et culturelles des individus. Ce rôle, nos médias l'oublient pour mieux jouer de nos différences.
Juillet
2005
Fraction Entité Populos.
(site
Alius Vox http://www.aliusvox.com)
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